Darshan : ni oui, ni non !!!
Darshan est un terme religieux de l’Inde qui signifie « vision du divin » ou « être en présence de la divinité ». Le Darshan est le moment où le dévot est en contact visuel avec l’idole d’un dieu, un avatar, un maître spirituel vivant ou la représentation d’un maître défunt. Il peut s’agir d’une vision concrète (être en présence du maître et recevoir sa bénédiction) ou une vision intérieure déclenchée par l’émotion des circonstances (lieu, méditation…).
C’est dans ce contexte que Bartabas a construit son nouveau spectacle, intitulé fort justement Darshan, toujours au Fort d’Aubervilliers.
Dès que l’on franchit les portes du Fort, on est comme transporté dans un autre univers, celui des chevaux et du spectacle. Le premier accueil a lieu dans une salle ronde, avec pour toute décoration des tableaux de chevaux, carrioles et autres objets à la gloire de la plus belle conquête de l’homme. Après ce sas de décompression qui nous immerge dans l’univers si particulier de Bartabas, un maître de cérémonie nous accueille et nous guide pour nous entraîner dans l’enceinte du théâtre, tout spécialement reconfigurée pour ce nouveau spectacle. Nous entrons par les écuries, plongés dans une ambiance feutrée, pour enfin apercevoir la scène : pour la première fois, le spectateur est au centre du théâtre. La scénographie me semble déjà inédite puisque je n’aperçois que des toiles blanches m’encerclent.
Soudain, les lumières s’éteignent. Des projections de statues hindouistes nous tournent la tête, à moins que ce ne soit nous qui tournions. Lentement, certes, mais nous tournons bien vers la droite, alors que les projections, elles, tournent vers la gauche… La musique liturgique hindouiste qui accompagne ce premier tableau, presque hypnotique augmente ma sensation de mal-être. Au bout de quelques secondes, j’ai les oreilles torturées par ces mantras insupportables.
Je vois enfin des chevaux. Enfin, presque ! Ils ne sont, pour le moment, qu’ombres projetées sur les toiles. Le spectacle commence enfin, et je me sens mieux… Lentement, j’ai l’impression de me réveiller. Le temps d’une poursuite, les ombres pénètrent pour de bon sur la piste, comme pour prouver qu’elles ont une réalité. Mais ces apparitions sont fugaces et c’est pour l’essentiel un spectacle fantomatique et lent qui se déroule sous mes yeux. Je m’ennuie et ne comprends pas tout… et surtout pas le final, où les écuyers se mettent à courir devant nous en se déshabillant progressivement au rythme d’une musique toujours aussi étonnante, pour finalement se retrouver comme nus. Ils tombent sur la piste, se relèvent, s’entraident, alors que les ombres des chevaux tournent dans le même sens. Mais quel sens ? Je ne sais. Nous en avons encore changé ! Que c’est long… Quand vont-ils s’arrêter… Je suis essoufflée pour celles et ceux qui courent depuis presque 10 minutes sans arrêt… D’un coup, ils tombent tous, immobiles, à terre. La lumière s’éteint. Une des hôtesses, restée à nos côtés, commence à applaudir. A sa suite, nous applaudissons, sans grande certitude, repassant à vitesse accélérée dans notre tête le film du moment que nous venons de vivre. Incompréhension totale… Les cavaliers/comédiens/cascadeurs (je ne sais trop comment les nommer) entament un tour pour nous saluer. Bartabas lui-même est là. Mais les applaudissements restent timides, sans réel enthousiasme.
Nous sortons enfin, il est 22h30. Le spectacle d’1h30 m’a semblé interminable… Un gigantesque feu nous attend pour nous réchauffer par ce grand froid de décembre. Je sors finalement de cette enceinte si caractéristique du théâtre Zingaro.
Je reste partagée entre deux émotions contradictoires : celle d’un spectacle à la scénographie inédite, très intéressante, mais trop long.
Audrey résume la soirée d’un lapidaire « C’est beau, mais c’est chiant !» Bartabas a créé un spectacle pour lui-même. Il a essayé d’intellectualiser sa démarche, mais lui seul peut la comprendre. Et même si les amateurs apprécieront, cela risque de décourager les novices. Dommage !
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