La révélation
Dès les premiers plans de Storm (La révélation), un climat glacial s’impose accentué plus tard par des plages grisonnantes de la manche. Hannah, procureur pour le tribunal international de justice de la Haye, se voit confier le dossier du criminel de guerre serbe Goran Duvic dont le procès est imminent. Accusé de déportations durant la guerre de Bosnie-Herzégovine, ce dernier est adulé par les siens pour ses actes de « bravoures ». Or Allen, le témoin oculaire de ces déportations, fournit un faux témoignage pour que «justice soit faite». Hannah doit rapidement trouver un nouveau témoin sous peine de remise en liberté de Duvic. Et ce n’est autre que la sœur d’Allen, Mira, qu’Hannah désirerait voir à la barre.
Cette dernière a fondé une famille en Allemagne et ne veut en aucun cas revenir sur ces événements. Elle a enfouit toutes ces horreurs, vécues il y a 10 ans, mais sait qu’elle ne peut plus les contenir. Hannah est une idéaliste, qui refuse de se ranger devant la pression de groupuscules serbes. Le genre de personnage que l’on admire pour son intégrité et sa force. Mais les enjeux du procès la dépassent. Les hauts fonctionnaires du tribunal veulent trouver un accord avec la défense pour garantir la diplomatie serbo-européenne… Autrement dit, Hannah se bat pour ses convictions contre un pouvoir supérieur qui ne déroge pas à la règle du « grand corrompu ».
Oubliez les flashs-back de scènes d’exterminations qu’un film classique vous aurait servi par dizaine, il n’y en a pas. Ces évènements atroces sont transmis à travers la force du jeu de Anamaria Marinca (Mira). La jeune femme, déjà impressionnante dans 4 mois 3 semaines et 2 jours, est parfaite dans une posture oscillant entre le désir de tout révéler et la peur d‘en souffrir par la suite. Hans-Christian Schmid recrée à merveille les sentiments de pression auxquels les témoins sont soumis. Il utilise intelligemment le parti pris du thriller pour rythmer le film tout en dressant un portrait psychologique des deux femmes. On en sort bouleversé tant la puissance du film est immense. Bouleversé mais interrogatif : En quelle justice doit-on croire ? Pour quelle justice doit-on se battre ?
Goliath Andersen
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