
Critique du film de Joann Sfar
C’est après de nombreuses hésitations (l’idée du projet ne date pas d’hier) qu’un film retraçant la vie de l’un des plus grands artistes du 20ème siècle a pu voir le jour.
Bientôt disponible en DVD (le 1 juin 2010) ce que l’ont peut qualifier de « biographie » est plus vue par sont auteur comme un « conte », retraçant le « mythe » Gainsbourg.
Gainsbourg, et cette image de poète maudit, qui pourtant révolutionna la chanson française et l’amour.
Incarnant, avec brio la définition propre de l’artiste : décadence, excès, célébrité, provocation, alcool et passion.
Bien que chacun aie sa propre définition de Gainsbourg, je m’en vais vous raconter la mienne (étant fan de sa musique et du personnage), et plus particulièrement celle vécue au travers de ce film, sorti le 20 janvier 2010.
Nous sommes à Saint-Etienne, plus précisément au cinéma « le Méliès ». Le film vient de sortir il y 3 jours….. Moyenne d’âge 40 ans, tous excités, et impatients de voir à nouveau Gainsbourg et, peut être, de découvrir certains secrets.

Certains y vont par nostalgie, d’autres par curiosité ou par divertissement. Moi c’est par pure admiration.
Arrivé une heure à l’avance, je me rue vers le bar, prends une bière, feuillette le programme mais rien y fait, je suis pire qu’un gosse le jour de Noël, j’ai l’impression que j’ai rendez-vous avec l’artiste lui même !
Ouverture de la salle, en bon fan de base, je cours pour la meilleure place. Les réclames diffusées sont exaspérantes, tant l’excitation monte ! Calmons-nous, ce n’est qu’un film !
Mais quel film ! D’entrée, le conte nous plonge en plein cœur du Paris sous occupation allemande. Gainsbourg, gamin juif fait ses premiers pas dans la provocation, en allant réclamer son étoile jaune (servant à marquer les Juifs durant l’occupation) en premier au commissariat. Etoile qu’il qualifiera plus tard « d’étoile de shérif ». On y découvre un petit garçon à tête de chou, charismatique apprenti peintre. Ayant pour première muse, un modèle (féminin) exerçant aux Beaux Arts de Paris.
Mais l’aparté sur l’enfance, et les aquarelles font très vite place au vrai Gainsbourg, pianiste dans les bars mal famés et autres cabarets de Paris en phase de devenir célèbre. L’arrivée d’un personnage étrange (caricature de Gainsbourg, en image de synthèse) fait son apparition, dès que celui ci commence à devenir célèbre. Sa rencontre avec Boris Vian, premier tournant majeur dans sa vie d’artiste, le conduit à devenir la plume des grandes stars de l’époque, Juliette Gréco entre autres. Notons que « Le poinçonneur des lilas », l’une des premières apparitions de Gainsbourg-chanteur, le placera immédiatement sur le devant de la scène. Mais l’aspect provoc’ du personnage explose avec « Annie aime les sucettes à l’anis » interprétée par France Gall, en remportant l’eurovision en 1965.

Ensuite, tout n’est qu’une question d’enchaînement. Car, si la caricature, sorte de personnification de la conscience de Gainsbourg, l’entraîne vers le succès (notamment auprès de Greco, avec « La Javanaise ». Cette dernière, va le pousser à explorer progressivement dans ce que l’on peut qualifier de « côté obscur » ,pas de la force (se référer à Star Wars pour les incultes) mais plutôt de la déchéance.
Bien entendu sa relation avec Brigitte Bardot, est mise en scène, plus particulièrement les 3 mois qu’ils ont passés ensemble. Au lit et au piano, accouchant de chansons aux succès notables pour les deux amants qu’ils sont : « Je t’aime moi non plus », « Bonnie and Clyde », « La Madrague »et « Harley Davidson » (chanson hautement sous-entendue…)
Déchirure pour Gainsbourg à la fin de son histoire avec Bardot, mais aussi libération et coup de jeune. Car l’artiste, de plus en plus célèbre et au cœur brisé, va trouver en la personne de Jane Birkin (jeune actrice anglaise d’à peine 20 ans) une complice, mais aussi la future mère de sa fille Charlotte. Notons qu’aucune scène en référence à la chanson qui fit polémique à savoir « Lemon incest » n’est montrée, cependant. Vint la période ou l’érotisme et la provocation (en abordant des sujets tabous, tel que l’homosexualité, la Marseillaise….) deviennent sa marque de fabrique. Sous des influences, jazz, rock et maintenant reggae. L’accent étant mis sur la très controversée « Marseillaise » ainsi que sur « Je t’aime moi non plus » sortie officiellement en 1968, bien qu’écrite en 67 (durant sa période avec Bardot). Scandale médiatique, qui continue de faire couler de l’encre.
Puis vient, une nouvelle déchirure, celle du cœur de Serge, premier infarctus, en 71 où le pantin de sa conscience refait son apparition, lui distribuant des cartouches de Gauloises sur son lit d’hôpital. Accident, résultat d’un tabagisme poussé.
Le film, suit fidèlement la trame de vie de l’artiste, mettant en scène, sur la fin, la période dite « Gainsbarre ». Le côté le plus sombre de Serge, écumant les boîtes de nuit, le mènent à rencontrer Bambou, mannequin un peu pommée, 18 ans tout juste. Fasciné par son côté « junky » et enfant perdu, le film retrace à ce moment là les dernières années Gainsbourg.

Le film se termine sur la naissance de son fils Lucien Gainsbourg, portant le même patronyme que son père. Enfant chéri dit « Lulu ».
Le jeu des acteurs reste le point le plus notable, car oui on connaît (plus ou moins bien pour certains, la vie et l’œuvre de Gainsbourg) mais il n’en reste pas moins que les interprétations sont scotchantes !
Avec un Eric Elmosnino plus vrai que nature dans le rôle de Serge Gainsbourg, tant sur le plan physique que sur les mimiques de l’artiste.
Ainsi que Lucy Gordon, au sommet de son art. Actrice à laquelle je rends hommage car son interprétation est posthume lors de la sortie du film…..
Pour finir, le rôle de Boris Vian, interprété par Philippe Katerine, est remarquable, surtout lors de la reprise avec Gainsbourg (Eric Elmosnino) de « Je bois ».
Un film, pour tous ou presque, car tout comme la peinture il faut être un « initié » de Gainsbourg et de son œuvre pour savourer comme il se doit, ce merveilleux conte de Joann Sfar.
Guillaume Ledin.
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